Fusil norvégien M1774/41/51

1851
  • Pays: Norvège
  • Système de mise à feu: Percussion - Thouvenin
  • Calibre: 18mm (.69

Ce fusil géant Norvégien a eu une vie très mouvementé. Il a commencé sa carrière comme fusil à silex vers 1774 avant d’être transformé à percussion à partir de 1841. Sa carrière aurait dû finir là, mais pendant cette période, les pays nordiques guerroyaient sans cesse entre eux. Vers 1851, la Norvège semble vouloir anticiper un manque d’armes donc ces vieux guerriers sont ressortis des arsenaux. Ils furent transformés une dernière fois : le canon fut rayé, une belle hausse fut installée et une tige fut visée dans le bouchon de culasse. Il est peu probable que ce fusil ait participé aux conflits de façon intense car le fusil réglementaire norvégien était depuis quelques années le “kammerlader”, un fusil à percussion à chargement par culasse. Néanmoins, ces fusils transformés ont tout de même connu 70, voir même 80 ans de service.
Ce fusil pour est assez particulier pour plusieurs raisons:

Premièrement, il est énorme, il mesure 144cm de long. Le canon à lui seule mesure 104cm de long. Avec la baïonnette il devait être un pique particulièrement efficace. Remarquez la taille des vis de la plaque de couche!

Deuxièmement, son aspect esthétique. La peinture épaisse noir est conforme au modèle bien que celui-ci ait eu sa peinture restaurée. La couleur va très bien avec les garnitures en fer et en laiton. Je suppose que la peinture servait à protéger le bois du climat rude du nord. Je signale que le bois sous la peinture est comme neuf.

Troisièmement, le fait que la platine comporte un chien de sécurité, ceci malgré que la noix de la platine comprend un cran de sécurité. Il faut croire qu’ils n’avaient pas confiance en ce dernier.

Quatrièmement, l’emploie du système à tige Thouvenin. Ceci, tout comme le chien de sécurité semble un peu archaïque. A l’époque de sa dernière transformation, le principe Minié avait fait ces preuves et était nettement supérieur.

Comme son nom l’indique, le système à tige comprend donc une tige qui fait saillie du bouchon de culasse. Le système est la création de Louis-Étienne de Thouvenin qui cherchait une alternative au système Delvigne pour qu’un projectile prenne facilement les rayures d’un canon. Après avoir versé la poudre dans le canon, le projectile est inséré pour venir en appui contre la tige, la balle est ensuite frappée fortement par la lourde baguette en acier. Comme la balle est supportée par la tige, celle-ci se comprime axialement sous le choc et se dilate aussi radialement pour rentrer en contact avec les rayures du canon. Contrairement au système Delvigne, la balle n’est pas fortement déformée. La tige dans ce fusil termine en pointe, contrairement a celle du pistolet Suédois Mle1850, ainsi que des armes françaises à tige qui présentent toutes une face plate.

Le projectile cylindro-ogivale développé par François Tamisier comporte trois grosses rainures et un culot plein. Il ne faut pas confondre cette balle avec une balle Minié car ces rainures ne sont pas des rainures pour le graissage comme sur celles de la balle Minié, elles sont la uniquement pour assurer la stabilité aérodynamique de la balle. Un exemple de cartouche se trouve dans les photos. La charge de poudre réglementaire était de 71grains. La même balle fût utilisée pour les fusils Kammerlader.

Le canon est rayé de cinq rayures légèrement concaves, ce qui donne une section pentagonal au canon. La baïonnette pour ce fusil est une baïonnette à douille verrouillée en place par un crochet similaire au système britannique Lovell.

Face au système Minié le système à tige n’a pas duré. Il était très difficile de bien nettoyer le canon, nécessitant pour ceci un outil spécial comprenant un lavoir et un gratte culasse, le corps de l’outil étant percé pour lui permettre de glisser par-dessus la tige. Ladite tige pouvait se tordre sous les coups de la baguette et la balle devait aussi être bien centrée dans le canon pour se dilater uniformément.

Malgré ces défauts, le système a bien marché. Les zouaves Français, par exemple, étaient très satisfaits de leurs carabines à tige Mle1846 lors de la guerre de Crimée. Des testes effectués avec une série de 10 cartouches m’ont permis de tester à fond le système et je peux donc confirmer l’efficacité du système Thouvenin. Il serait très intéressant d’examiner le profile des balles tirées.