Fusil d'infanterie M1866 Chassepot

1869
  • Pays: France
  • Système de mise à feu: Percussion par aiguille
  • Calibre: 11mm

D’une façon générale, ce fusil constitue un perfectionnement du system Dreyse le premier véritable fusil à verrou tirant une cartouche à percussion interne. Contrairement au Dreyse, le Chassepot tire une balle de 11mm qui prend les rayures du canon et n’emploie pas de sabot. Pendant la guerre de 1870-71, le Chassepot était largement supérieur au Dreyse en termes de précision et de portée.
La manipulation du fusil est assez proche de celle du Dreyse.
1. Pour ouvrir la culasse, il faut premièrement tirer le chien en arrière pour que celui-ci soit retenu par la gâchette ;
2. Le levier est levé 90° et la culasse entière est tiré en arrière pour donner accès à la chambre ;
3. Une cartouche est introduite, la culasse poussée en avant et le levier couché.

La tête mobile de la culasse est l’amélioration principale par rapport au Dreyse. Cette tête mobile comprend un joint d’étanchéité en caoutchouc qui se dilate contre les parois du boîtier quand la pression de l’explosion pousse contre la face de la tête mobile. Le système marche à merveille même s’il faut surveiller l’état du joint.

Le cylindre comprend aussi une rainure de sureté. Pour l’utiliser, le levier est levé d’environ 45° et le chien est lâché. Dans cette position, la détente est bloquée, la culasse est verrouillée et l’aiguille ne dépasse pas de la tête mobile. Pour armer le fusil, il suffirait de tirer le chien en arrière et d’abaisser le levier de culasse complètement.

Le Chassepot souffre aussi de la malédiction des fusils à aiguilles : on lui attribue des défauts sans vraiment connaître l’arme. Les deux défauts souvent cités sont a) que l’aiguille était fragile et cassait facilement et b) que le joint en caoutchouc n’était pas fiable.

De mon expérience au pas de tir, je peux conclure que :

a) L’aiguille n’apparaît que de quelques millimètre dans la chambre et seule cette petite partie est soumise à la chaleur de la mise à feu. Elle est aussi très bien soutenue : dans la culasse par un porte-aiguille dans le chien, par un grain dans de corps de la culasse et par la tête de culasse mobile ; une rupture de celle-ci semble difficile. Par ailleurs, l’aiguille est mécaniquement uniquement accessible en démontant la culasse à l’aide d’un outil, ce qui indique qu’elle ne devait pas être si fragile que ça.

b) A l’époque, le joint était en caoutchouc non-vulcanisé, qui effectivement se détériore au fil du temps. Cependant, je suis tout à fait convaincu qu’ils pouvaient survivre à plusieurs batailles sans rupture. La nature-même de la tête mobile permet le remplacement de cette pièce très facile. Il suffit en effet de dévisser la vis de fixation à l’aide d’un tournevis (ou de tout autre objet plat).

Il a souvent été dit que le Chassepot avait été développé et adopté dans l’urgence à cause des tensions avec la Prusse. En fait, Antoine Chassepot avait déjà passé une décennie à bricoler avec différents systèmes hybrides entre le fusil à culasse et le fusil à percussion pour finalement arriver au système 1866. L’adoption du système fut le résultat de concours et d’épreuves dans les normes de l’époque.

Venons-en maintenant à la cartouche.

Elle est en fait très semblable à une cartouche métallique moderne. Elle se compose d’un étui avec un culot, d’une pastille d’amorçage logé dans le culot, d’une charge de poudre et d’une balle en plomb.
La grosse différence réside dans l’aiguille qui doit percer le culot pour venir percuter la pastille ainsi que dans son étui “combustible”. Je me permet d’utiliser le terme “combustible” même si il n’était pas prévu que l’étui soit complètement brûlé lors du tir. En effet, les résidus non brûlés étaient censés suivre la balle.

De nombreux tutos existent sur internet pour confectionner soi-même des cartouches. Je ne vais donc pas entrer dans les détails. De nombreux amateurs recommandent l’usage de papier. Malheureusement, le papier encrasse très rapidement la chambre rendant le tir impossible après trois ou quatre cartouches. Un petit coup de brosse dans la chambre après chaque coup élimine cependant le problème. Pour régler le problème de l’encrassement consiste à ignifuger le papier. La confection des cartouches n’est pas difficile. En effet, les soldats devaient pourvoir les confectionner eux-mêmes. mais cela prend du temps. Un élément critique de la confection est de donner à la cartouche la bonne longueur car si elle est trop courte, l’aiguille ne va pas percuter l’amorce avec assez de force. Si elle est trop longue, elle risque de se rompre lors de la fermeture de la culasse. La poudre doit aussi être très bien tassée dans l’étui pour que ce dernier soit le plus rigide possible. Pour reproduire la pastille, on peut utiliser les amorces pour fusils à percussion ou des amorces du type Berdan.

Le fusil présenté est poinçonné de l’ancre de la marine, ce qui est très souvent le cas pour les armes de la manufacture de Tulle. De nombreux bataillons navals ont servi pendant la guerre de 70/71 avec cette arme en se distinguant.

Le tonnerre porte le poinçon allemand d’un « V » couronné, qui indique sa présence en Allemagne avant 1891. Il s’agit probablement d’une prise de guerre ou d’un fusil faisant partie des réparations de guerre ensuite de la défaite française. La baïonnette, qui est aussi marquée de l’ancre de marine, porte aussi des traces d’un passage en Allemagne comme l’indique son fourreau muni d’un pontet allongé au lieu d’un pontet en forme de boucle.

Si vous désirez tirer avec votre chassepot, n’oubliez de changer l’aiguille, de changer le joint et de vérifier l’état du passage à aiguille dans la tête mobile et dans le grain du corps de la culasse !