Mousqueton italien M1844/67 Carcano

1867
  • Pays: Italie
  • Système de mise à feu: Percussion par aiguille
  • Calibre: 18mm Carcano

Dans la série des systèmes à aiguille, voici un mousqueton Carcano 1844/67.

En 1866, l’Italie ouvre un cahier d’étude pour remplacer/moderniser les 500’000 armes à chargement par la bouche stockées alors dans les arsenaux avec un budget de seulement 10 Lires pour chaque arme. Le célèbre Salvatore Carcano est chargé de cette mission impossible . Au début, il propose à la commission un prototype de fusil neuf à cartouches métalliques de calibre 11mm, dérivé du système Dreyse avec des étuis conçus pour être rechargés. Malgré les avantages de ce système, son idée est rejetée à cause de son prix. Après cette première tentative, il se penche réellement sur le problème de l’adaptation des vieilles armes de calibre 17,5mm à chargement par culasse tout en cherchant à rester dans les limites de son budget ridicule. Les systèmes Dreyse et Chassepot n’étaient pas facilement adaptables sans des modifications coûteuses; il adopte donc le système à aiguille Doersch-Baumgarten qui peut être plus facilement modifié. Il modifie par la suite la culasse mobile et invente le tube coulissant pour décompresser le ressort du percuteur que l’on retrouve presque 30 ans plus tard sur son fusil M1891!

A l’origine, il s’agit d’un mousqueton d’artillerie M1844 à percussion. Il a ensuite été transformé en système à aiguille en 1867/1868. Les mousquetons de ce modèle ont aussi reçu un nouveau fût lors de la transformation. Il fut utilisé par les gardes-frontière dans sa nouvelle configuration. Il existe aussi sous forme de fusil d’infanterie et de carabine de cavalerie.

Le premier constat qui peut être fait c’est qu’il s’agit d’une transformation qui ne va pas dans le sens de la doctrine adoptée pour le Dreyse et pour le Chassepot. De ce fait il n’y a pas de boîtier de culasse; le tonnerre du canon d’origine est tout simplement utilisé et même le bourrelet du piston n’a pas été complètement enlevé.

La culasse est assez compliquée. La partie externe comprend un cylindre dans lequel coulisse le chien. Sur la tête du chien se trouve un porte-aiguille de type Chassepot mais revêtu d’une couche de laiton, sans doute pour éviter que la pièce ne soit trop attaquée par les gaz de combustion.

Le chien comprend deux détails assez intéressants :
La gaine montée entre la tête et le ressort à boudin. Elle sert uniquement à décompresser le ressort lorsque le chien est en position armé. En tournant cette gaine, elle se libère du cylindre, ce qui permet au ressort de se détendre vers l’arrière. La culasse est alors désarmée même si le chien est en position armé.
Le bouton monté sur une lame de ressort du bout du chien. Ce bouton s’emboîte dans un trou circulaire du cylindre pour garder le chien en position armé. Ceci étant, s’il est en position armé, le chien n’est pas en appui sur la gâchette comme sur un fusil « normal ». Pour lâcher le chien, la gâchette reliée à la détente monte pour venir appuyer sur le bouton pour le libérer du cylindre.

On s’aperçoit aussi qu’il y a en apparence deux gâchettes. Celle qui est à l’arrière est en fait un crochet de sécurité qui est connecté à la gâchette par un balancier: quand on appuie sur la détente, la gâchette monte pour libérer le chien comme il est décrit ci-dessus et le crochet de sécurité s’abaisse, et inversement quand la détente est relâchée. Pour mettre la culasse en position de sûreté, le chien est tiré en arrière pour dépasser le crochet et ensuite relâché, le crochet de sécurité s’appuyant ensuite sur le rebord de la tête du chien. Dans cette position, si l’on appuie sur la détente, la prise entre le crochet et le rebord interdit tout mouvement. C’est compliqué mais ça marche !

La petite poignée devant la détente est connectée à un pêne qui sert de sécurité pour le cylindre de la culasse mobile. Le pêne se loge dans la fente longitudinale du cylindre. Avant d’ouvrir la culasse. il faut tirer la poignée vers le bas pour sortir le pêne de cette fente; il en va de même si on veut extraire la culasse mobile du système.

Au niveau de la tête de culasse, il n’y a pas vraiment d’obturation digne de ce nom. L’étanchéité était censée être assurée par un épais culot en caoutchouc ou de carton à l’arrière de la cartouche. La cartouche était du type Dreyse utilisant une ogive de type Minié au lieu d’une balle sabotée, l’amorce se trouvant donc dans le culot de l’ogive. Il existait aussi une version à grenailles et à blanc.

Ces fusils sont assez rares de nos jours car la plupart ont été adaptés pour tirer des cartouches de cal. 12 suite à une légère transformation pour en faire un fusil de chasse bon marché.
Pour conclure nous avons ici un système compliqué et de qualité médiocre mais il faut se souvenir que le budget était seulement de 10 Lires par fusil ! Dans ce cas il faut plutôt applaudir l’ingéniosité de Monsieur Carcano que critiquer l’arme.