Fusil Martini-Henry MkI britannique

1874
  • Pays: Royaume Uni
  • Système de mise à feu: Percussion centrale
  • Calibre: 577-450 Martini

Le fusil Martini-Henry Britannique est peut-être l’un des fusils les plus emblématiques de la fin du 18ème siècle. Il a été immortalisé dans la littérature et au cinéma au point que sa silhouette est instantanément reconnue par les collectionneurs et tireurs. Le Martini-Henry commença sa carrière en 1871 et était encore utilisé dans l’Empire à l’aube de la Grande Guerre. L’histoire du fusil commence en 1865 quand la commission d’armement Britannique lance un concours pour remplacer le vieux mais solide fusil Snider par un nouveau fusil de plus petit calibre. En 1869 le concours se termine sans avoir pu déterminer de gagnant. Cependant la commission fut impressionnée à la fois par le mécanisme de la culasse de l’armurier Suisse Frederich Martini et par le système de rayure de l’armurier Ecossais Alexander Henry. Il fut donc décidé de combiner les deux aspects pour créer le Martini-Henry que nous connaissons aujourd’hui.

Le cœur de la culasse Martini est un axe traversant un robuste boîtier rectangulaire ainsi qu’un levier monté sur cet axe et qui se prolonge derrière le pontet. Quand ce levier est appuyé vers le bas, le bloc de culasse qui contient le percuteur et son ressort, bascule vers le bas sur un axe en bronze pour ouvrir la chambre. A la fin du mouvement du bloc de culasse celui-ci pousse contre le bec de l’extracteur à deux griffes qui, lui, bascule hors de son logement pour extraire la cartouche. Si le mouvement d’ouverture est fait fermement, la cartouche est complètement éjectée. Lors de l’ouverture de la culasse, la noix, qui est montée sur le même axe que le levier et dont la tête est logée dans une fente dans le corps du percuteur, est basculée en arrière et bloquée par la détente. Quand le levier est remonté pour fermer la culasse, le bloc de culasse est basculé vers le haut; en même temps, le percuteur est rétracté dû à la pression de la tête de la noix bloquée par la détente. Quand la gâchette est appuyée, la noix est libérée, permettant ainsi au percuteur d’être propulsé en avant pour percuter l’amorce de la cartouche. Un indicateur en forme de larme sur l’axe bouge en même temps que la noix, permettant de voir si le percuteur est armé. Le système Martini est extrêmement résistant, au point qu’il fut l’un des rares systèmes à faire la transition avec la poudre sans fumée. Le système ressemble au système de l’Américain Henry Peabody et en effet, ces deux messieurs ce sont affrontés devant les tribunaux à plusieurs reprises pour violation de brevet. Mon avis est que, étant donné l’importance des modifications nécessaires pour modifier un système Peabody pour arriver à un système Martini, les efforts de Frederich Martini devraient être entièrement reconnus. Il est amusant de savoir que les tout premiers fusils Martini-Henry avaient une sécurité de gâchette, mais que celle-ci fut bien vite supprimée car elle s’est avérée en fin de compte plutôt dangereuse !

Le profil des rayures Henry apparait comme étant un perfectionnement du profil hexagonal de Joseph Whitworth. Le profil Henry est heptagonal avec une petite crête à l’intérieur de chaque coin de l’heptagone. Il reste à prouver qu’il s’agit vraiment d’un perfectionnement ou simplement d’un moyen de contourner le brevet de Joseph Whitworth.

La cartouche est connue sous l’appellation 577-450 Martini. Elle garde le bourrelet et culot de son prédécesseur, le 577 Snider, mais le corps de la cartouche s’effile légèrement jusqu’à un raccordement pour réduire le diamètre du collet de la cartouche pour pouvoir admettre une balle de 11.55mm (.455”) en plomb enveloppé d’un papier ciré. Les premières cartouches étaient en clinquant de laiton mais il est apparu que celles-ci avaient tendance à coller aux parois de la chambre. L’ouverture de la culasse déchirait le culot de l’étui, laissant alors le corps de l’étui coincé dans la chambre et rendait ainsi le fusil inutilisable. Suite à cette constatation, les étuis furent produits en laiton étiré.

La version ici présentée est un fusil MkI dont il existe par ailleurs plusieurs sous-types. D’après mes recherches, celui-ci semble être conforme à la dernière version. Le boîtier est marqué 1873 et le canon est millésimé 1874 sous le bois. Il comprend quelques caractéristiques intéressantes que l’on ne retrouve pas sur les modèles postérieurs.

• La plaque de couche est fortement quadrillée.
• Un pivot de bride est vissé dans le dessous de la crosse. Ce pivot a été abandonné en 1875, sauf pour les armes destinées aux régiments de chasseurs.
• L’axe de pivotement du bloc de culasse est en bronze, maintenu en place par une vis captive.
• La détente est connectée à la noix par l’intermédiaire d’une gâchette, faisant que le lâché est sec et léger.
• La hausse comprend une très petite entaille de visée.
• La tête de la baguette est arrondie et comprend une rainure de blocage.

Le fusil fut modifié suite à des retours de soldats sur le terrain. Un nouveau modèle sortit sous le nom MkII. Un certain nombre de fusils MkI furent aussi modifiés pour être conformes au nouveau modèle, devenant ainsi des fusils MkI/II. Les changements apportés au fusil furent entre autres le remplacement de l’axe du bloc de culasse en bronze par un axe en acier, la suppression de la détente pour rendre le lâché plus dur mais aussi plus sûr, l’agrandissement de l’entaille de la hausse, et le changement de la tête de baguette ainsi que de son système de verrouillage. De petites modifications ont été apportées au fusil tout au long de sa carrière, la plus importante étant l’adoption d’un levier rallongé sur le fusil MkIII pour augmenter la force d’extraction. Le dernier véritable fusil Martini-Henry fut le MkIV qui se distingue de ses prédécesseurs par une bosse à l’arrière du boîtier. Le système fut aussi mis en service sous forme de carabine d’artillerie et de mousqueton de cavalerie.

Concernant le MkIV, il est intéressant de savoir que ce fusil était à l’origine prévu pour être un fusil complètement nouveau sous le nom d’Enfield-Martini MkI, chambré pour une nouvelle cartouche au calibre réduit à 10,2mm (0.402”). Ce fusil était destiné à remplacer progressivement le Martini-Henry. Cependant, lors du développement du fusil, la décision fut finalement prise d’adopter le fusil à répétition Lee-Metford en calibre 303 British. Pour éviter les difficultés d’avoir à gérer simultanément trois calibres différents dans l’armée, il fut sagement décidé de faire marche arrière et de simplement produire le fusil avec un canon Henry chambré en 577-450MH. Les Enfield-Martini déjà fabriqués furent recannonés et le Enfield-Martini MkI devint donc le Martini-Henry MkIV. La quasi-totalité des fusils MkIV furent envoyés au Népal où ils ont été récemment redécouverts, à la grande joie des collectionneurs.

Les étuis ainsi que les outils de rechargement pour le 577-450MH existent, mais ils sont relativement chers. Il est aussi possible de reformer des étuis à partir d’étuis de calibre 24 en laiton. Il existe nombre de très bons sites qui indiquent différentes recettes de rechargement; je ne vais donc pas aborder le sujet dans cet article. La balle d’origine était calepinée, mais il n’est pas pour autant nécessaire d’en faire autant; il existe aussi de très bonnes balles au diamètre légèrement plus gros, donc utilisables sans calepin et qui marchent très bien. J’ai rechargé une fois des cartouches selon la recette réglementaire de 80grns de poudre. Les résultats furent très bons mais mon épaule était bleue ! Le Martini-Henry est bien digne de sa réputation de frapper dur depuis ses deux extrémités. Peut-être que les uniformes en laine épaisse de l’époque protégeaient un peu de l’ampleur du recul.

Le fusil est pratiquement neuf avec des poinçons d’une fraicheur remarquable. L’équilibre des ressorts est également parfait car la culasse s’ouvre automatiquement sous l’action des ressorts dès que le bout du levier est sorti de son logement; l’extraction est donc très bonne. Une caractéristique soignée de ce fusil est le petit creux quadrillé à l’arrière gauche du boîtier pour placer son pouce et qui permet de tenir le fusil correctement.

La baïonnette est soit une baïonnette à douille avec une lame triangulaire, comme elle apparait sur ce modèle, soit, dans les régiments de chasseurs, un sabre baïonnette. Les premières baïonnettes à douilles sont souvent des anciennes baïonnettes de fusils Enfield à percussion ou encore de fusils Snider dont la douille a été manchonnée pour réduire le diamètre à celui du canon Martini-Henry.

Le Martini-Henry fut par la suite recannoné avec un canon Metford (Martini-Metford) et finalement avec un canon Enfield (Martini-Enfield), tous deux chambrés en 303 British. Pour fonctionner avec cette nouvelle cartouche puissante, la seule modification majeure a été un changement d’extracteur pour un modèle plus adapté aux dimensions du bourrelet de la cartouche 303 British. Le boîtier et la culasse d’origine étaient déjà suffisamment solides pour résister à la pression supérieure de la poudre sans fumée. C’est sous cette dernière forme que ce fusil à été utilisé pendant une bonne partie du 20ème siècle jusqu’aux confins de l’empire Britannique.

ATTENTION: Le Martini-Henry est l’un des fusils le plus copié dans le moyen orient. Ces copies sont connues sous le nom de fusils « Kyber-Pass » et proviennent du Pakistan ou d’Afghânistan. Ils sont normalement facilement identifiables grâce à leur finition rustique et un grand nombre de poinçons fantaisistes. Néanmoins la qualité de ces copies augmente et il est parfois difficile de déterminer s’il s’agit d’une copie ou d’un vrai Martini. Ces copies sont faites à partir de n’importe quelle ferraille à disposition de l’artisan et ne doivent en aucun cas être utilisées pour le tir !!!