Fusil d'infanterie Suédois M1815-38

1835
  • Pays: Suède
  • Système de mise à feu: Système à silex
  • Calibre: 18mm (0.69") Ball

Voici un fusil d’infanterie Suédois M1815-38, le dernier modèle d’une famille de fusils qui a fidèlement été en service pendant plus de 25 ans.  Le premier modèle de fusil M1815 fut adopté dans une période relativement paisible consécutive aux guerres napoléoniennes.  La Suède était alors gouvernée par le prince héritier Charles Jean, qui n’était autre que Jean-Baptiste Jules Bernadotte, ancien maréchal de France sous Napoléon.  Il fut couronné en 1818 sous le nom de Charles XIV Jean de Suède.  Durant son règne, il adopta une position de neutralité dans les conflits internationaux et il a maintenu une entente cordiale avec la Norvège, dont il était le souverain purement symbolique.  Pour les tireurs et collectionneurs que nous sommes, il en est résulté que ces fusils sont d’une qualité exceptionnelle et en très bon état.

Le fusil est disposé généralement selon les lignes du fusil Mle1777 Français, ce dernier ayant eu une influence à peu près sur tous les fusils des armées du continent européen de l’époque.  Les traits en commun incluent l’évidement dans la crosse pour la joue, un bassinet fixé par vis sur la platine et des garnitures (capucine, grenadière et embouchoir) retenues par des ressorts.  Néanmoins, certaines choses ont été simplifiées, notamment la fixation des battants.  Le battant de sous-garde pivote simplement dans une rainure devant le pontet et le battant de grenadière pivote sur une vis traversante. La vis de culasse est aussi une vis très simple et insérée dans la sous-garde pour venir se visser dans la queue de culasse, donc à l’envers.  Ce montage est plutôt associé aux mousquets à mèche du 17eme siècle, mais la raison de cette disposition particulière est sans doute la présence surprenante d’une hausse sur la queue de culasse.

La hausse fut incluse dès la genèse du fusil modèle 1815, celle-ci étant formée d’un monobloc avec la queue de culasse. La modification de 1838 concerna simplement la fixation de la hausse sur queue d’aronde.  La rainure est exécutée dans l’axe de la queue de culasse.  La hausse peut donc uniquement être démontée suite au déculassage du canon.  Malheureusement cette disposition empêche tout ajustement latéral de la hausse.

Je n’ai pas réussi à élucider pourquoi une hausse fut incluse à cette l’époque et surtout sur une arme d’infanterie de base à canon lisse.  Les hausses étaient alors réservées aux armes de précision ou celles des tireurs d’élite.  Elles ont seulement été introduites systématiquement lors de l’adoption du système à percussion.

La deuxième caractéristique remarquable est le crochet de chien.  Les Suédois ont employé ce type de sécurité longtemps après le développement du cran de sécurité sur la noix qui l’avait théoriquement supplanté. Les deux sécurités bloquent le chien dans une position qui libère l’accès au bassinet pour y mettre le pulvérin.  Si le cran de sécurité est suffisamment profond et qu’il est profilé correctement, le bec de la gâchette s’y trouve solidement imbriqué et le chien reste bloqué même si l’on force sur la détente.  Inversement, si le cran de sécurité est usé ou mal profilé, un choc pourrait faire sauter la gâchette hors du cran de sécurité et causer une décharge accidentelle.  Sur le système à crochet, le chien et le crochet sont forcés ensemble sous pression du grand ressort, l’usure de la gâchette et de la noix n’ont aucun impact sur son bon fonctionnement et une éventuelle usure du crochet ou du chien est facilement observable sans démonter la platine.  Quand le chien est armé, l’éperon à l’arrière de celui-ci pousse le crochet en arrière pour libérer le chien complètement.  Il est clair de les Suédois n’ont pas vraiment fait confiance au cran de sécurité car le crochet est présent en plus d’une cran de sécurité sur la noix et les directives de l’époque sur le maniement du fusil préconisaient l’utilisation du crochet de sécurité.

J’ai enquêté auprès de quelques collectionneurs Suédois concernant la forme très artistique du chien.  Il semblerait que la forme découle simplement d’un style en vogue à l’époque.

Une autre caractéristique intéressante de la platine est son bassinet.  La surface supérieure de ce dernier est convexe, et s’accorde parfaitement avec la surface concave du couvre-bassinet. Le couvre-bassinet est aussi légèrement plus grand que le bassinet et est doté d’un rebord sur la périphérie.  Ces aménagements contribuent à diminuer l’infiltration de l’eau ou de l’humidité dans la cannelure du bassinet, ce qui pourrait neutraliser la poudre d’amorçage ainsi que la charge principale.  Remarquez aussi l’épaisseur de l’acier cémenté de la batterie.  Il y a là de quoi faires des belles étincelles pendant des siècles.

Toutes les garnitures sont en laiton épais, ce qui alourdit énormément le poids de l’arme.  Ceci-dit, l’utilisation du laiton réduit la sensibilité de l’arme à l’humidité corollaire des longs hivers Suédois.

Ce fusil fut produit à la manufacture de Norrtalje en 1835, ce qui signifie qu’il fut modifié après 1838 avec la nouvelle hausse sur queue d’aronde.  Cette modification est assez rare puisque la modification n’était pas strictement nécessaire dans la mesure où la queue du bouchon de culasse était déjà dotée de la hausse intégrale. L’année 1835 semble peut-être un peu tardive pour la production d’une arme à silex, mais il ne faut pas oublier que généralement les armes à percussion réglementaires ont uniquement fait leur apparition à partir de 1838, à l’exception des pistolets Mle1833 et Mle1837 Français.  La Suède fait la transition au système à percussion en 1840.

Dans l’ensemble, nous avons ici un fusil solide, résistant aux intempéries et doté d’une platine qui a été très bien conçue sans pour autant sacrifier la sécurité.