Fusil d'infanterie Mle1874 Gras

1874
  • Pays: France
  • Système de mise à feu: Percussion centrale
  • Calibre: 11 x 59R Gras

Le fusil Chassepot mle1866, malgré sa supériorité technologique face au Dreyse prussien, était néanmoins destiné à devenir obsolète quasi-instantanément. Déjà lors de son adoption, il était évident que le système à aiguille et sa cartouche semi-combustible n’était qu’une solution intermédiaire. Toutefois, comme à beaucoup d’autres occasions, la situation géopolitique saura forcer la main de la commission d’armement Française.

La marche du progrès ne s’arrêterait pas et l’adoption d’une arme à cartouche métallique serait inévitable, mais cet événement se fera attendre jusqu’à la fin de la guerre de 1870/71.  En effet, dès août 1871, le Ministère de la guerre ouvre une enquête sur les armes et munitions utilisées lors du conflit et les retours d’expériences des officiers sont unanimes sur les avantages des armes à cartouches métalliques.  Les résultats de l’enquête, ainsi que l’adoption par l’Allemagne du fusil Mauser 1871, finissent de convaincre ces Messieurs du Ministère de la nécessité de moderniser l’armement de l’infanterie.

Un cahiers d’étude est donc ouvert et les essais de divers systèmes et munitions commencent en 1872 ; on teste même quelques nouveaux types de cartouches combustibles!  Du coté des munitions, un amorçage Berdan est préféré à une cartouche à percussion annulaire car on juge cette dernière trop fragile.  Côté arme, les systèmes permettant la transformation du fusil mle1866 sont favorisés.  Il ne faut pas oublier que la France venait de payer d’énormes réparations de guerre et que par conséquent, toute économie était bienvenue. Suite à des épreuves rigoureuses, deux modèles sont retenus pour une évaluation finale. Ce sont le système du capitaine Basile Gras (plus tard général) et le système Beaumont 1870 hollandais.  Ce dernier était déjà connu dans le milieu militaire car la manufacture de St-Étienne fut mandatée pour une production initiale.  Finalement le système Gras fut choisi principalement en raison de la possibilité aisée de courber le levier de culasse pour les armes des troupes à cheval.  Les hollandais eux-mêmes avaient constaté ce problème et avaient opté pour les carabines Rolling-block de fabrication Nagant pour leurs troupes montées.

Le Gras est donc adopté officiellement le 7 juillet 1874 pour l’armée, la marine, de son côté conservant ses Chassepots en attendant patiemment la prochaine révolution en armement, à savoir le fusil à répétition.  Les manufactures nationales commencent la production du fusil mle1874 en 1875.  La manufacture de Steyr en Autriche produit initialement des baïonnettes mais obtient aussi une licence pour produire le fusil pour l’exportation.  La Grèce, en particulier, achète environs 129’000 Gras de tous types à Steyr entre 1877 et 1886 pour remplacer le fusil Mylonas (lien Littlegun ?) indigène jugé trop fragile.

Le fusil Gras conserve globalement les mêmes dimensions que le fusil Chassepot, la culasse constituant la différence principale.  Le chien est maintenant armé automatiquement lors de l’ouverture de culasse grâce à une surface hélicoïdale à l’arrière du cylindre.  Il faut préciser que ce principe était déjà connu lors de l’adoption du Chassepot, mais il ne fut cependant pas inclus dans le système. En effet, il existait un risque que l’ouverture rapide de la culasse (et donc la rétraction rapide de l’aiguille de la capsule), suite à un raté, pourrait provoquer sa mise à feu, engendrant une détonation de la cartouche avec la culasse non-verrouillée.  La tête de culasse est mobile et porte un extracteur en forme de ressort en V. La séparation de la tête de culasse du cylindre permet à l’extracteur de réaliser simplement un mouvement rectiligne lors de l’ouverture et de la fermeture de la culasse, ce simplifie l’usinage de la chambre dans le canon.  Le boîtier reste sensiblement inchangé mais incorpore une pièce néanmoins cruciale, une minuscule vis-éjecteur dans son fond ! Il est intéressant de remarquer que le Mauser 1871, arme équivalente au Gras 1874, ne fut pas doté d’un éjecteur

La baïonnette mle1866, jugée trop lourde et trop encombrante, fut remplacée par une nouvelle épée-baïonnette beaucoup plus légère avec une lame de section en T pour l’infanterie.  Par contre, le mousqueton d’artillerie et la carabine de gendarmes à pied conserve la baïonnette mle1866 et la carabine de gendarmes à cheval est dotée d’une baïonnette à douille.

La nouvelle hausse adaptée à la cartouche 11x59R comprend un cran pour le tir jusqu’à 200m, visible avec la planchette rabattue vers l’avant.  Pour de plus longues distances, il suffit de relever la planchette, ce qui permet un tir gradué de 350m à 1200m en suivant l’échelle de gauche et en utilisant le cran inférieur de la rallonge de planchette, et de 1400m à 1800m en suivant l’échelle de droite avec le cran supérieur de la rallonge de planchette.

Concernant le développement de la cartouche, ce fut initialement un produit de l’industrie civile car les ateliers d’études militaires n’avaient jusqu’alors que peu d’expérience des munitions à cartouches métalliques par rapport aux entreprises privés.  A ce titre, ce fut la cartouche proposée par la société Gévelot qui sera adoptée.

Comme indiqué plus haut, l’intention de la commission d’armement était de pouvoir transformer les armes existantes, ce qui fut en effet le cas.  La culasse mle1874 rentre sans autre dans le boîtier, seul l’ouverture pour la tête du ressort gâchette devant être agrandi pour recevoir une nouveau ressort gâchette renforcé.  Le canon, selon son état, fut soit remplacé par un canon neuf mle1874, soit manchonné au niveau du tonnerre avec une pièce dans laquelle une chambre au calibre 11x59R est usinée. Le boîtier et le canon sont bronzés de même que, selon les modèles, les garnitures.  La hausse est remplacée par une hausse analogue à celle du mle1874 mais généralement plus fine, différence importante pour le fusil, la graduation n’allant que jusqu’à 1700m.  La transformation mle1866-74 fut appliquée parallèlement à la production des fusils mle1874 ainsi qu’aux mousquetons et carabines Chassepots.

C’est en 1880 qu’intervient la seule grosse modification des fusils mle1874 et mle1866-74. Il s’agit de l’usinage d’une échancrure dans le boîtier à proximité de la chambre.  Cette échancrure a pour but de diriger les gaz dans une direction autre que dans le visage du tireur en cas de rupture d’étui.  Comme vous le voyez sur les photos, le fusil mle1874 a miraculeusement échappé à cette modification tandis que le mle1866-74 est modifié.

Le système mle1874 sous toutes ses formes s’est révélé très robuste dans toutes ces configurations et a servi dans tous les territoires français.  Malgré son replacement dès 1886 par le fusil mle1886 « Lebel », le fusil ressurgi en 1914 comme arme d’urgence, soit dans sa configuration initiale, soit modifié et recanonné au calibre 8mm Lebel pour les troupes d’arrière