Fusil d'Infanterie Kammerlader Norvègien M1849/55

1855
  • Pays: Norvège
  • Système de mise à feu: Percussion - Chargement par culasse
  • Calibre: 18mm (.69

Ce fusil remarquable fut conçu en Norvège et mis en service à partir de 1842. Contrairement aux autres pays d’Europe qui faisaient des économies en transformant leurs armes au système à percussion (excepté la Prusse), la Norvège a développé un fusil complètement nouveau, fruit d’une collaboration entre plusieurs personnes, dont un officier du nom de Scheel et un armurier nommé Gregersen. Le système comprend deux caractéristiques exceptionnelles pour un fusil militaires de cette époque. Premièrement parce qu’il s’agit d’une arme à chargement par culasse, et deuxièmement, parce que la mise-à-feu est déclenchée par un chien situé sous le canon selon le principe dit « underhammer ».

Les armes à chargement par culasse avaient jusque-là été adoptées de façon très limitée, notamment le fusil Ferguson britannique et le fusil Hall américain. Les armes de ce type étaient coûteuses, délicates, et leur étanchéité entre la chambre et le canon n’était pas bien garantie. Du point de vue conceptuel, le système kammerlader est assez proche du système Hall car il utilise lui aussi une chambre basculante. Le système underhammer n’avait, à ma connaissance, jamais équipé d’arme militaire, mais seulement des armes civiles de tir ou de chasse. Le système underhammer présente plusieurs avantages: le mécanisme est très simple, la percussion se fait dans l’axe du canon et la visée du tireur n’est pas troublée par l’explosion de la capsule. Le fusil kammerlader était à ce titre un fusil avant-gardiste au début des années 1840.

Le système comprend un gros boîtier rectangulaire, un vilebrequin, un levier, et une chambre mobile. Le vilebrequin passe à travers un trou ovale à l’arrière de la chambre mobile et est fixé au levier sur le côté gauche du boîtier. La bouche de la chambre mobile est muni d’un rebord annulaire et la cheminée est vissée dans la surface inférieure de la chambre.

A partir d’une position fermée, le chargement se déroule de la manière suivante :

1. Le levier est levé et bascule en arrière ce qui fait tourner le vilebrequin dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Dans un premier, cette rotation fait reculer la chambre mobile de manière à en déboîter la bouche du canon puis fait basculer la chambre mobile en arrière.
2. Une cartouche en papier est déchirée, la poudre versée dans la chambre et le reste du papier avec la balle est pressé par-dessus la charge de poudre. Une capsule à percussion est placée sur la cheminée.
3. Le levier est baissé en le tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, ce qui d’abord abaisser la chambre mobile pour l’aligner avec le canon, et l’avance de façon rectiligne afin que le rebord de la chambre s’encastre dans le canon pour refermer la culasse.
4. Le chien est armé en appuyant vers le bas sur l’oreille faisant saillie sur son côté droit.

Le levier est verrouillé en position fermée par un fermoir. Un petit bouton au bout du levier permet de le libérer. Le chien frappe la cheminée à travers une fenêtre dans le fond du boîtier et à travers un passage dans le fût recouvert de laiton. La platine est extrêmement simple n’incorporant que la détente, le chien, et le ressort. Sur le chien se trouve une petite broche métallique qui reçoit une clavette revêtue de cuir. Cette clavette, appelée « Klikklaer », se coince entre le fût et le chien pour l’empêcher de frapper la cheminée. Il sert donc de système de sécurité ou de tirer à sec à l’entrainement dans endommager la cheminée. La photographie illustre mon interprétation de l’utilité de cette clavette.

Le canon est rayé de 6 rayures très profondes. Le calibre réglementaire était 18 lødig, soit un calibre de 17,5mm. Le premier projectile dévoué à cette arme était une balle ronde; suivie d’un projectile du type Tamisier aussi utilisé dans le fusil à tige 1774/41/51. Les munitions se présentaient sous forme de cartouches en papier mais ce fusil pouvait aussi bien être chargé. Sa baguette était en bambou, bien qu’il n’était pas prévu de l’associer en permanence au fusil. En effet, la baguette étaient gardée enroulées avec la couverture du soldat.

La hausse basculante en forme de L et est graduée en Alen Norvégiens, le bras court est gradué pour 300 alen (200m), les crans du bras long pour des distances comprises entre 400 alen et 700 alen (250m – 440m), avec une encoche à son extrémité pour tirer à 800 alen (500m).

Le fusil présenté ici est un fusil d’infanterie mle1849/55 avec un canon de 78cm de long. La numérotation “/55” signifie qu’il est équipé d’une nouvelle hausse en avant du boîtier, alors qu’elle était jadis montée à l’arrière du boîtier. Le système kammerlader fut utilisé sur toute la gamme des armes de l’armée et de la marine norvégienne, fusils, carabines, et mousquetons. Les Suédois ont adopté un système analogue pour leur marine. A partir de 1867, un certain nombre d’armes furent transformées pour tirer la cartouche à percussion annulaire. Il est assez surprenant de découvrir que l’armée et la marine ont adopté des transformations différentes: l’armée a favorisée la transformation selon le principe Lund et la marine la transformation selon le principe Landmark.

Le fusil est très lourd mais très facile à alimenter. Il est aussi très précis. Au moment du tir, il faut s’habituer au petit souffle de vent chaud rejeté par la cheminée qui effleure la main du tireur. Ce petit inconvénient est compensé par une prise de visée sans encombre. Malgré l’absence de joint, l’étanchéité de la culasse se révèle très bonne. Comme la bouche de la chambre mobile s’encastre dans le canon, les gaz de combustion peuvent filer le long du canon sans obstacle.