Fusil d'infanterie Espagnole 1859/67 Berdan

1867
  • Pays: Espagne
  • Système de mise à feu: Percussion centrale
  • Calibre: 577 Snider

A la fin de l’aire napoléonienne, l’Espagne a connu une période de bouleversements politiques avec d’innombrables insurrections et fracas entre les diverses factions désireuses accéder au pouvoir. De nombreuses colonies profitèrent aussi de cette période d’instabilité pour déclarer leur indépendance. Malgré ce climat défavorable, l’Espagne se devait de maintenir un armement au niveau de celui de ses voisins. Les armes espagnoles à percussion ont suivi à peu près le modèle des armes Britanniques, et le dernier modèle espagnol fut le Modelo 1857/59 au calibre de 14.8mm qui était très proche du fusil P1853 anglo-saxon. Les fusils espagnols furent produits par les manufactures espagnoles ainsi que par des ateliers privés à Birmingham et à Liège.

En 1866, un cahier des charges fut déposé en vue de l’adoption d’une arme à chargement par la culasse, plus particulièrement un système qui permettrait la transformation des fusils à percussion Modelo 1857. Le 14 décembre 1867, le système de transformation à tabatière inventé par Hiram Berdan fut adopté. Il était déjà un perfectionnement du mécanisme développé dans le brevet US52925 de 1866. Un système très proche, voir quasi-identique, breveté par Erskine Allin, fut adopté par les Etats-Unis pour leurs fusils et carabines Springfield M1866 à M1888. Hiram Berdan contesta fortement le brevet d’Allin et entama même un procès contre l’Etat pour perte de revenus. Hiram Berdan fut d’ailleurs un inventeur prolifique dans le domaine de l’armement, comptant notamment à son actif les fusils Berdan I et Berdan II adoptés successivement par la Russie dans les années 1870.

La transformation était relativement simple à réaliser et nécessitait peu d’usinage compliqué. La moitié supérieure de la culasse du canon d’origine fut enlevée pour former un boîtier tandis qu‘une chambre est usinée dans la partie intacte du canon. Une surface concave est aussi formée dans la face du bouchon de culasse. Une creusure est usinée sur le bord du tonnerre pour accommoder la charnière du système. Deux tenons munis de becs sont soudés sur le tonnerre pour solidariser le système de culasse au canon. Le système de culasse comprend une plaque de fixation et un bloc de culasse relié par une charnière. La plaque de fixation comprend une encoche sur sa face avant et un trou en son centre. Cette encoche et ce trou ont chacun un épaulement destiné à s’imbriquer avec le bec de chaque tenon. Une came rotative est montée sur la plaque de fixation entre le trou et l’encoche.

La fixation du système au canon comprend les étapes suivantes :

1. La tête de vis solidaire de la came est pivotée pour aligner un point de cette première avec le trou de la plaque de fixation. Cette première opération garantit un alignement d’une encoche dans le corps la came avec ledit trou.

2. La plaque de fixation est pressée contre le canon pour que les tenons pénètrent entièrement dans le trou et l’encoche de la plaque. La plaque est ensuite poussée vers l’avant pour que les becs des tenons s’imbriquent avec les épaulements du trou et l’encoche de la plaque.

3. La tête de vis est pivotée de 180° pour que la came soit en appui contre le tenon logé dans le trou, ce qui interdit tout mouvement entre les parties imbriquées des tenons, du trou et de l’encoche.

Le système est donc aisément démontable du canon puisqu’il suffit de pivoter la came à nouveau de 180° et de tirer la plaque vers l’arrière pour dégager les becs des tenons du canon des épaulements du trou et de l’encoche de la plaque. La perspective moderne critique souvent cette simplicité pour sa supposée fragilité. On s’aperçoit cependant que lors du tir les forces sont situées dans l’axe du canon et sont donc encaissées par le bloc de culasse. La charnière et la plaque de fixation ne sont pas affectées.

L’extracteur est constitué d’un élément triangulaire pivoté sur l’axe de la charnière. Il est sollicité en position déployée par un ressort très ferme en forme de « S » logé dans la plaque de fixation. Afin de protéger l’extracteur et son ressort, une fente est usinée dans la face du bloc de culasse pour accommoder la pointe de l’extracteur quand la culasse est fermée sans cartouche.

Le bloc de culasse comprend un percuteur coulissant monté en diagonal comme sur le bloc de culasse Snider. A l’arrière du bloc se trouve un levier de verrouillage qui comprend une surface bombée. Le levier est sollicité par un ressort en position basse. Quand le bloc est abaissé, cette surface bombée sur le levier vient épouser la surface concave du bouchon de culasse, verrouillant ainsi la culasse. L’élévation du levier dégage ces surfaces et permet de basculer le bloc de culasse en position ouverte. La poignée du levier se prolonge sous le bec du chien en guise de sécurité. Le système de verrouillage est assez ressemblant à celui du système Milbank-Amsler.

Une rampe concave est soudée au milieu du boîtier en regard de la chambre. Il semblerait que cette rampe serve de guide pour le chargement et l’éjection manuelle des cartouches.

Le fusil est au calibre 14.5x42R Berdan, aussi nommé .58” Berdan musket aux Etats-Unis. Les étuis peuvent être refaits simplement en raccourcissant des étuis .577 Snider. Les balles pour le Snider conviennent également pour le rechargement.

La transformation Berdan M1867 fut uniquement appliquée aux carabines M1857 et aux fusils M1859. Le travail fut exécuté par la manufacture d’Oviedo ainsi que par les ateliers d’Ignacio Ibarzábal et celui des frères Orbea à Eibar. Les poinçons frappés sur la platine indiquent que ce fusil a été fabriqué en 1866 à la manufacture d’Oviedo. Le bloc de culasse porte également le poinçon AR.O, ce qui signifie que ce fusil est retourné à la manufacture pour y être transformé. Derrière la hausse se trouve le mot Maximo, dont la signification reste un mystère.

Le fusil Remington succéda au système Berdan en 1870.