Fusil de Fusilier M1860 Prussien

1860
  • Pays: Allemagne
  • Système de mise à feu: Percussion par aiguille
  • Calibre: 15.4mm (0.60

Voici un modèle du fusil qui a lancé le développement du fusil à verrou. Le système de percussion par aiguille est l’invention de Johann Nikolaus von Dreyse. Il a commencé à développer le système dans les années 1820 et en 1841, la Prusse adopte son système pour armer la fédération naissante. A cette époque, la plus part des pays étaient en train d’introduire les nouvelles armes à percussion. Les autorités militaires prussiennes ont su faire preuve d’avant-gardisme pour décider de remplacer les armes à chargement par la bouche et d’adopter ce système révolutionnaire de chargement par la culasse avec des cartouches intégrant une amorce.

Curieusement, il semble que le potentiel du système fut sous-estimé par une bonne majorité des grandes puissances Européennes jusqu’aux années 1860 lorsque les Danois et les Autrichiens ont essuyèrent des défaites cuisantes contre la Prusse. Ces événements ont alors projeté le fusil Dreyse sur le devant de la scène bien qu’il ait alors déjà vingt ans.

Le verrou est la clé du système. Il comporte quatre éléments principaux: un cylindre externe avec son petit levier, un cylindre interne pour armer le système, un tube porte-aiguille avec son ressort et bien sûr l’aiguille.

Le système fonctionne comme ceci:

1. Culasse ouverte, le verrou entier est avancé jusqu’à ce que la face antérieure du cylindre externe entre en contact avec le bord de la chambre. Le levier est abaissé pour verrouiller le cylindre externe. Dans cette position, le porte-aiguille est retenu par la détente mais le ressort n’est pas encore compressé. Il est encore possible à ce stade de rouvrir la culasse.

2. Le cylindre interne est ensuite poussé vers l’avant depuis la partie postérieure du cylindre externe jusqu’à ce qu’un arrêtoir monté sur le cylindre interne s’enclique dans la partie postérieure du cylindre externe. Ce mouvement a pour effet de comprimer le ressort du porte-aiguille; le système est alors armé. L’arrière de l’aiguille est visible à l’arrière du verrou pour montrer que le système est armé. Il est maintenant impossible de déverrouiller la culasse sans relâcher la pression sur le ressort, ce qui peut être facilement fait en appuyant sur l’arrêtoir à l’arrière du cylindre interne.

3. En appuyant sur la détente, la gâchette est abaissée, ce qui libère le porte-aiguille propulsé par le ressort. La pointe de l’aiguille perce l’arrière de la cartouche, percute l’amorce et met le feu à la charge de poudre. La culasse reste verrouillée.

4. Pour rouvrir la culasse, il faut d’abord dissocier les cylindres internes et externes en appuyant sur l’arrêtoir à l’arrière du premier. Le cylindre interne est ensuite tiré en arrière, ce qui permet la rotation du levier pour déverrouiller la culasse et la tirer en arrière.

Comme vous pouvez constater, le verrou n’est pas armé automatiquement, comme pour le Chassepot. L’aiguille comprend une noix en laiton filetée dans lequel est soudée une aiguille en acier. Une gaine en laiton s’étend depuis la noix pour recouvrir les deux tiers arrière de l’aiguille. L’aiguille est introduite à l’arrière du porte-aiguille et y est visée. Elle est supportée à l’avant du verrou par un élément conique dans la tête du cylindre externe.

Tout comme le fusil chassepot, le fusil Dreyse est victime de nombreux mythes et légendes. Il est, par exemple, souvent dit que l’aiguille était très fragile et se brisait fréquemment car elle se trouvait au milieu de la détonation. Il est en effet vrai que l’aiguille se trouve dans la chambre au moment de la mise à feu. Toutefois, de nombreux tireurs au fusil Dreyse, dont moi-même, n’ont jamais souffert d’une brisure de ce genre. L’aiguille étant visée à l’arrière du verrou, il est de toute façon très facile de la remplacer si besoin est. Il suffit d’armer le verrou, ce qui expose la noix de l’aiguille, de dévisser l’aiguille cassée et d’en introduire une nouvelle.

Le deuxième mythe concerne le joint positionné entre le verrou et la chambre qui n’aurait pas la qualité requise. Il faut savoir que le rebord de la face du verrou est conique et qu’il chevauche le rebord conique le la chambre. Il n’y a en effet pas d’élément d’étanchéité entres les deux surfaces métalliques mais elles sont toujours pressées fortement l’une contre l’autre du fait de la surface en pente du rempart du boîtier. Quand le levier du verrou est baissé dans l’échancrure, il glisse le long de cette pente et force la face du verrou contre la chambre. Comme le rebord de la face du verrou est ainsi encastré dans la chambre, en cas de fuite éventuelle, les gaz de combustion sont projetés vers l’avant et non pas vers l’arrière, dans la figure du tireur.

L’encrassement de la culasse après quelques cartouches rendant l’arme inutilisable constitue le dernier mythe. Si c’était vrai, le Dreyse n’aurait jamais été adopté comme arme réglementaire. La cartouche n’étant pas ignifuge, un peu de suie se dépose en effet dans la chambre lors du tir. Mais il est possible de tirer une série de 10 coups avant que les cartouches deviennent difficiles à chambrer. La combustion de la cartouche est au contraire très bonne grâce à la chambre à combustion dans la partie avant du verrou qui favorise le brassage des lambeaux de papier de cartouche. La suie et les autres débris peuvent aussi s’accumuler au fond de cette chambre sans gêner le fonctionnement du système. J’ai d’ailleurs dû extraire une couche de 5mm de résidus carbonisés durs comme de la pierre du fond de la chambre à combustion du verrou de ce fusil.

La cartouche Dreyse est une cartouche intégrale avec amorce. Le projectile en plomb est siégé dans un sabot en papier compressé. Une amorce on forme de pastille est collé à l’arrière du sabot, positionné ainsi pour être percuté par l’aiguille après qu’elle a traversé la charge de poudre. La balle est sous-calibrée et donc ne prend pas les rayures. C’est le sabot qui prend les rayures et qui transmet la rotation à la balle. Pour faciliter la séparation du sabot de la balle au sortir de la bouche du canon, le sabot est partiellement fendu en quartiers. La fabrication de ce sabot étant très laborieuse, aujourd’hui la majorité des tireurs utilisent simplement une balle ronde en plomb dimensionnée pour prendre les rayures du canon. Le sabot en papier est alors remplacé par une bille de bourre en feutre ou en liège ou est replacé par un sabot en bois souple.

Le fusil est un fusil de fusilier mle1860, la plaque de couche porte de marquage FR.37.12.204 qui indique une affection au 37ème Régiment de fusiliers de Westphalie. Les fusiliers étaient des troupes d’infanterie légère et la longueur réduite de cette arme le rendait plus pratique que les long fusils d’infanterie mle1841 et mle1862. Sa baïonnette est une très belle épée baïonnette avec une poignée en laiton et une lame dotée d’un renfort traversant la pointe, dite « langue de carpe ».

Le système Dreyse fut aussi introduit sur les carabines de cavalerie, les fusils de rempart, les pièces d’artillerie légère, les pistolets et les revolvers.