Fusil Bavarois M1869 Werder

1869
  • Pays: Allemagne
  • Système de mise à feu: Percussion centrale
  • Calibre: 11 x 50R Werder

Suite à l’adoption surprenante de la transformation Podewils-Lindner en 1867, le Royaume de Bavière se rattrapa en adoptant le système Werder le 18 avril 1869. Le système était l’invention de Johann Ludwig Werder et peut être considérée comme le sommet du développement du fusil règlementaire à culasse basculante aux côtés du Peabody et du Martini-Henry.

L’ingéniosité du système Werder se situe au dans son magnifique système de culasse et de détente, le tout intégré dans une cassette logé dans un simple boîtier rectangulaire. Cette cassette comprend deux parois parallèles munies d’une série de perçages identiques. Les éléments du mécanisme de culasse sont chacun munis d’une paire de broches qui sont logées dans des perçages respectifs dans les parois de sorte que les éléments sont solidement fixés dans la cassette tout en étant libres en rotation autours des axes de leurs broches. Aucune vis n’est utilisée pour fixer les pièces du mécanisme de culasse.

Les étapes pour sortir la cassette du boîtier sont les suivantes:

1. dévisser la vis du pontet
2. libérer le pontet du fusil en le tirant en arrière
3. vérifier que le mécanisme est bien au repos, appuyer sur le bloc de culasse pour basculer la tête de l’extracteur hors de son logement sous la chambre et extraire la cassette du boîtier en tirant la cassette vers le haut

Une fois la cassette sortie, la paroi de gauche peut être soulevée pour accéder aux éléments du mécanisme. Le mécanisme étant au repos, les éléments peuvent être facilement enlevés et il n’y a aucun risque que les ressorts soient éjectés et perdus. Le fait que Johann Werder a travaillé un certain temps dans l’horlogerie apparaît comme une évidence quand on observe le mécanisme. Malgré sa complexité, le mécanisme est robuste. Tous les éléments ont une section épaisse et une finition parfaite. Surtout, les pièces sont très bien soutenues entre les parois de la cassette. S’il faut trouver une faute dans le mécanisme, alors disons que la forme complexe des ressorts pourrait rendre la réparation difficile sur le champ de bataille.

Le mécanisme utilise une relation ingénieuse entre ses ressorts et ses leviers. PLa traction de l’oreillette latérale droite entrâine l’effet suivant:

1. Le ressort en Ω du chien est comprimé et le chien est armé.
2. Lorsque le chien bouge vers sa position armée, une roue montée sur le corps du chien roule sur la surface inférieure du bloc de culasse, forçant ce dernier à se fermer. Le bloc de culasse est     alors automatiquement verrouillé en position par le bloc de verrouillage de la détente avant.
3. Le ressort en forme de V est comprimé par la queue du bloc de culasse quand ce dernier est élevé. Dans cette position, le bloc de culasse est armé pour le cycle d’éjection .

Quand on appuie sur la détente arrière, le chien est libéré et frappe le percuteur monté dans le bloc de culasse. Le chien est de type rebondissant, c’est-à-dire qu’il ne frappe pas le percuteur en position de repos; le percuteur est sollicité en position rentrée par un ressort.

Une fois que le chien s’est rabattu, le cycle d’éjection peut être avoir lieu: en poussant la détente avant, le bloc de verrouillage bascule sous le bloc de culasse. Libéré, le bloc de culasse bascule rapidement vers le bas, propulsé par la décompression du ressort en forme de V qui avait été comprimé lors de l’armement du mécanisme. Le bec du bloc de culasse frappe alors la queue de l’extracteur, ce qui fait basculer énergiquement les griffes de l’extracteur pour extraire et éjecter l’étui ou la cartouche.

L’ergonomie des détentes est ainsi conçue qu’on puisse immédiatement pousser la détente avant avec l’index après avoir lâché le coup en appuyant sur la détente arrière. Une fois la cartouche chargée, le mécanisme est armé avec le pouce, ce qui place la main droite à nouveau en position optimale pour tirer. La manipulation est donc extrêmement rapide, tellement même que le fusil fut appelé “Blitzgewehr” (“fusil éclair”) par les troupes.

La baïonnette destinée à ce fusil est, une fois de plus, une copie de l’épée baïonnette Chassepot avec une lame yatagan. L’ouverture sur le dessus de la poignée pour le tenon de baïonnette est cependant différente. Le modèle présenté ici a une lame de la longueur d’origine de 479cm, ce qui est assez rare car la majorité des baïonnettes ont été amincies et raccourcies de 12mm, conformément à un décret destiné à alléger la baïonnette.

Ce fusil est chambré pour son calibre d’origine, le 11x50R Werder, la charge de poudre réglementaire étant de 4.3grammes. La hausse est réglable entre 300 et 1200 « Schritt » Bavarois (204m – 817m).

Le système fut aussi utilisé sur des pistolets et des carabines, ces deux modèles étant chambrés pour une cartouche plus courte, la 11x35R Werder.

Suite à la guerre de 70/71, le Royaume de Bavière fut absorbé par l’empire Prussien qui a eu, entre autres conséquence, l’uniformité des munitions pour les armes d’infanterie. A cette date, la Prusse venait juste de mettre de fusil Mauser M1871 en service, chambré pour la cartouche 11x60R M71. La Bavière dut ainsi transformer ses fusils Werder pour la cartouche M71.

Cette transformation fut réalisée de deux façons différentes :

A) La très grande majorité des fusils fut simplement rechambrée au calibre M71 et pourvue d’unee hausse de type Mauser M1871. Ces fusils sont identifiés en tant que fusil Werder M1869 “Adaptiertes”. Ces fusils ont une mauvaise réputation car la qualité du rechambrage n’est pas toujours bonne et le mécanisme d’extraction n’est pas prévu pour une cartouche aussi longue.

B) Une nouvelle série de fusils fut produite avec le canon, la hausse, la grenadière, la capucine, et l’embouchoir du Mauser M8171. Ces fusils sont identifiés en tant que fusil Werder M1869n/M (neue Muster).

J’ai acquis ce fusil dans la région d’Orléans. La plaque de couche est poinçonnée avec son matricule d’affection, ce qui correspond à la 10ème compagnie du 13ème régiment d’infanterie royal « Kaiser Franz Joseph I d’Autriche ». Ce régiment a combattu à Beaumont, Paris, et Orléans pendant la guerre de 70/71. Comme il est encore entièrement dans son état d’origine il est fort probable que ce fusil a été pris par les Français raison pour laquelle a échappé à la vilaine transformation prussienne.

Si vous êtes l’heureux propriétaire d’une arme au système Werder, veillez à ce qu’elle soit conservée avec le chien baissé et le bloc de culasse en position OUVERTE ! Dans cette position, tous les ressorts du système sont au repos.