Carabine Vetterli 1881

1881
  • Pays: Suisse
  • Système de mise à feu: Percussion annulaire
  • Calibre: 10,4 x 42R

Parallèlement à la modernisation de son armement entre 1866 et 1867 avec l’adoption de la transformation Milbank-Amsler et l’achat de 15’000 fusils Peabody, la Suisse se lança à la recherche d’un fusil à répétition.  Le baptême de feu pour les fusils à répétition avait eu lieu durant la guerre de sécession américaine et les avantages apportés par les fusils tels que le Henry et Spencer étaient maintenant indéniables.

La Suisse porta son choix sur l’arme créée par l’armurier indigène Johann-Friedrich Vetterli qui avait auparavant travaillé dans de nombreux ateliers armuriers à travers l’Europe.

Le système Vetterli est souvent décrit comme étant une combinaison des caractéristiques du système à répétition Henry avec une culasse mobile du système Terry britannique.  Le système de transport des cartouches est en effet indéniablement inspiré du fusil Henry et de son successeur la Winchester 1866, et le placement des tenons de verrouillage a en effet une ressemblance avec celui du système Terry. Cependant, la fusion des deux systèmes n’est absolument pas évidente et le travail de Vetterli doit être pleinement reconnu.  La première version sortie en 1867 comporte un chien externe. Elle fut suivie par une version avec percuteur intégré dès 1868.  La première version distribuée en grande quantités fut le Mle 1869; le dernier, le Mle 1881 faisant sa parution en 1882.  Entre le Mle1869 et le Mle1881, le système fut affiné, simplifié et allégé mais fondamentalement resta inchangé.  Il n’est pas dans notre intention ici de détailler les différences entre les divers modèles mais plutôt d’étudier le système Vetterli à travers les caractéristiques de la carabine Mle1881.

Le boîtier est assez simple, comprenant une partie inférieure rectangulaire et une partie supérieure tubulaire.

La partie rectangulaire contient le mécanisme de transport des cartouches. Dans la paroi de droite se trouve une ouverture de chargement avec une rampe de guidage incurvée. Au-dessus de cette portion inférieure se trouve une portion tubulaire qui accueille la culasse mobile. Sur la surface supérieure de cette partie tubulaire de trouve aussi la fenêtre d’éjection. La culasse mobile est retenue dans le boîtier par un coin et l’un des bras du levier coudé du mécanisme de transport.

Le mécanisme de transport comprend (A) un levier de transport et (B) un transporteur.

A. Le levier est coudé avec un bras long et un bras court. Le levier est fixé sur un support qui sert de paroi inférieure du boîtier.  Une vis de fixation sert d’axe de rotation pour le levier par rapport au support. Le bras long se termine en tête arrondie qui vient se loger dans le transporteur et le petit bras est engagé dans une rainure de la culasse mobile. Une lame de ressort sollicite et fixe à la fois le levier dans ses deux positions, c’est-à-dire une position où le transporteur est en position élevé et une deuxième en position basse.

B. Le transporteur est fait d’une pièce rectangulaire avec une ouverture inférieure pour loger la tête du bras long du levier coudé. La partie supérieure comprend un canal. Quand le transporteur est en position basse le canal fait face à l’ouverture de chargement et du magasin.  Quand le transporteur est en position élevé, le canal est dans l’axe de la culasse et de la chambre. Une ouverture est aussi usinée à l’arrière du canal pour faciliter l’introduction des cartouches par l’ouverture de chargement du boîtier. Deux fraisures circulaires sont aussi usinées sur dans les coins postérieurs du haut du canal pour faire basculer les douilles à la fin du cycle d’extraction.

Un magasin tubulaire avec une capacité de 12 cartouches est intégré dans le fût. Le magasin est démuni d’arrêtoir si bien que la dernière cartouche chargée reste dans la canal du transporteur. Le culot de cette dernière cartouche est visible dans l’ouverture de chargement. De ce fait, il est indispensable que les cartouches soient minutieusement de la bonne longueur (56mm) pour garantir le bon fonctionnement du transporteur. Si les cartouches sont trop longues ou trop courtes, le transporteur reste bloqué. Le magasin peut être approvisionné à tout moment quand le transporteur est baissé. Les cartouches peuvent aussi être extraites une à une du magasin.  Pour ce faire, il suffit de pousser et soulever légèrement le culot de la cartouche visible dans l’ouverture de chargement et la cartouche est poussée dehors.

La culasse mobile comprend un corps principal cylindrique dont la partie avant, étroite, est foré pour accepter l’ensemble percuteur; il supporte l’extracteur. La partie arrière du corps cylindrique sert de support pour la noix et le ressort du percuteur logé dans une cache tubulaire. Un écrou sur l’extrémité arrière du corps cylindrique maintient le tout en place. L’ensemble percuteur est composé de deux parties: une pièce fourchée montée librement dans la tête du corps cylindrique, et une longue tige dans le forage de celui-ci. La tige comprend deux ailettes qui sont en appui contre la face arrière de la noix sous pression du ressort. La surface arrière de la noix est constituée de deux surfaces de came qui rétractent les ailettes de la tige quand le levier d’armement est levé.  Ce mouvement arme le percuteur car l’ailette inférieure de la tige est retenue en arrière par la gâchette.  Au lâché, la tige est propulsée en avant, frappe l’arrière de la pièce fourchée qui percute à son tour le bourrelet de la cartouche en deux endroits.  Sur l’avant de la noix sont usinés deux tenons de verrouillage qui s’encastrent dans des embrases de la partie cylindrique du boîtier.  Une rainure longitudinale se trouvant dans la surface inférieure du corps cylindrique accueille la pointe du bras court du levier de transport. Les deux extrémitées de la rainure font basculer le levier en fonction de la position du la culasse mobile.

Le fonctionnement de la culasse depuis sa position verrouillée peut être décrit de la manière suivante:

1. Lever le levier d’armement – Ce mouvement retire la tige du percuteur et sort les tenons de la noix de leurs embrases dans le boîtier.

2. Tirer la culasse mobile en arrière – L’étui est extrait de la chambre, placé devant la fenêtre d’éjection et directement au-dessus du transporteur. En fin de course, l’extrémité avant de la rainure de la culasse mobile vient frapper le bras court du levier de transport faisant monter le transporteur. En montant, le transporteur fait basculer l’étui hors de la fenêtre d’éjection et apporte une nouvelle cartouche dans le fond de son canal dans l’axe de la culasse mobile et de la chambre.

3. Pousser la culasse mobile en avant – La cartouche est chambrée. En fin de course, l’extrémité arrière de la rainure de la culasse mobile frappe le bras court du levier de transport, ce qui fait baisser le transporteur.  A la fin de sa descente, le canal du transporteur est approvisionné d’une nouvelle cartouche.

4. Baisser le levier d’armement – La tige du percuteur est retenu par la gâchette et les tenons de la noix reprennent leur place dans les embrases.

En position armé, le bout de la tige du percuteur sort de quelques millimètres d’un trou situé au milieu de l’écrou à l’arrière de la culasse mobile, ce qui permet facilement de voir que le percuteur est armé.

La queue de l’extracteur est façonnée de manière à permettre la rotation de la noix par rapport au corps cylindrique de la culasse mobile mais seulement quand cette dernière est complètement en avant pour verrouiller ou libérer les tenons de leurs embrases.

Le système de double détente est une création du renommé Rudolf Schmidt.  Il est monté uniquement sur les carabines Mle1878 et Mle1881.  Il est contenu dans un boîtier amovible pour faciliter l’entretien.  Ce système sert à accélérer le tombé de la gâchette et fonctionne de la manière suivante :

1. Lorsqu’on appuie sur la détente arrière dit frappeur, elle comprime un grand ressort en forme de V.  Un bec formé sur l’avant du frappeur est capturé par un arrêtoir disposé sur la détente.

2. Puis lorsqu’on appuie sur la détente, la gâchette commence à baisser. Cette rotation libère le bec du frappeur de l’arrêtoir.  Le frappeur bascule alors rapidement sous l’action du grand ressort et entraîne avec elle la détente avant en accélérant la descente de la gâchette.

Une vidéo illustrant le fonctionnement de la détente se trouve ici (en Anglais).

La petite vis située entre les deux détentes permet d’ajuster l’empiètement du bec de la détente arrière par rapport à l’arrêtoir de la détente avant. Cet empiètement règle la pression nécessaire pour lâcher le coup. Il est aussi parfaitement possible de lâcher le coup en appuyant simplement sur la détente avant pour un départ normal.

La baïonnette des fusils et carabines Mle1881 est une majestueuse épée-baïonnette avec deux rangées de dents de scie inclinées dans des directions opposées. Malgré son aspect redoutable elle semble être assez encombrante en tant que baïonnette mais comme outil de cantonnement, elle semble idéale.

La hausse à cadran est aussi le produit de Rudolf Schmidt.  Elle permet d’ajuster le tir entre 200m et 1200m.  Une rallonge coulissante intégrée dans la planche permet d’allonger le tir jusqu’à 1600m.

Le calibre des fusils Vetterli est le 10.4x38R ou 10.4x42R tout comme ces prédécesseurs.  Cette cartouche à percussion annulaire est introuvable de nos jours; il faut ainsi être un peu débrouillard pour faire tirer à nouveau ces beaux fusils souvent en très bon état. Il y a plusieurs solutions:

1. Utiliser des étuis transformés.  Le raccourcissement d’un des bras de la fourche du percuteur est alors nécessaire et l’utilisation du magasin est impossible car le positionnement de l’amorce excentrique de chaque cartouche doit être correcte lors du chambrage.

2. Transformer la culasse mobile à percussion centrale.  Une recherche rapide sur la toile vous permettra de voir les nombreuses techniques pour le faire. La culasse étant modifiée de façon permanente, cette méthode ne séduira pas les puristes.

3. Trouver une culasse mobile de rechange et transformer celle-ci à percussion centrale tout en préservant celle d’origine. Attention, comme il y a de légères différences entre les culasses mobiles, seules les culasses mobiles des fusils Mle1878 et Mle1881 sont compatibles avec un boîtier Mle1881!

Cette carabine, bien qu’elle soit conforme au modèle réglementaire, a été fabriquée pour un client privé.  Elle porte le numéro 8  et sa baïonnette également. Le boîtier porte de poinçon de la manufacture de Berne, mais il est fort probable que le fusil fut ajusté et finit par un armurier civil.  L’ajustage et la finition de cette arme sont d’une qualité supérieure à ce qu’on trouve sur les modèles militaires. La crosse porte une plaque gravée en argent.  Je n’ai pas encore réussi à en savoir plus sur l’ancien propriétaire.

Le système Vetterli fut aussi utilisé sur des fusils, des fusils courts, des mousquetons et des fusils de cadet dans l’armée suisse.  Les italiens l’ont aussi utilisé avec un culasse mobile à percussion centrale, d’abord en version monocoup, puis plus tard et à répétition.