Carabine Vetterli 1871

1871
  • Pays: Suisse
  • Système de mise à feu: Percussion annulaire
  • Calibre: 10,4 x 42R

Présenté ici est la carabine modèle 1871, la première itération du système Vetterli destiné aux carabiniers. Si vous désirez en savoir plus sur le fonctionnement du système Vetterli, je vous invite à visiter la page de la carabine modèle 1881.  Cette page concerne uniquement les détails spécifiques à la carabine modèle 1871.

Cette carabine fut développée selon les mêmes lignes que le fusil d’infanterie 1871, mais adapté aux besoins des carabiniers.  Elle comprend :

Une double détente – Cette double détente, quasiment le symbole de l’élitisme des carabiniers fut bien sur incorporée.  A noter qu’elle a bien failli ne pas être incorporée dans les carabines 1881, mais les régiments de carabiniers ont fortement résisté toute tentative de suppression.

Une plaque de couche concave – Cette forme était déjà appréciée sur la carabine fédérale 1851 et apporte plus de stabilité lors du tir debout ou à genou. Ce type de plaque de couche est ensuite repris sur les fusils et les carabines modèles 1878 et 1881.

Un canon plus court – Ce léger raccourcissement était sans doute afin de rendre la carabine plus maniable dans des milieux boisés ou rocheux sans dégradation de précision.  La hausse a aussi été subtilement modifiée pour prendre en compte le changement de trajectoire des balles dus audit raccourcissement, en effet la coudé de la planche de hausse est plus grande sur la hausse de la carabine que sur celle du fusil 1871.

Simplification du montage des garnitures – Le fut et le canon sont unies uniquement par une grenadière et un embouchoir.  Le premier anneau est supprimé et l’embouchoir est fixé par une vis transversal au lieu d’une lame ressort.  Cette simplification est reprise sur les fusils et carabines modèles 1878 et 1881.

Il est par contre surprenant que la carabine est équipée d’une baïonnette à douille identique à celle du fusil d’infanterie. Traditionnellement les carabiniers ont toujours eu des baïonnettes particulières, souvent sous forme de sabres ou de longs couteaux.  L’esprit de corps des carabiniers a dû être sévèrement blessé de devoir accepter une vulgaire baïonnette à douille comme les troupes de lignes.  Ceci est rectifié à partir de modèle 1878 avec l’adoption universelle d’une épée baïonnette.

Entre la carabine 1871 et les carabines 1878 et 1881, la grande différence mécanique se trouve au niveau de la fameuse double détente.  Celle de la carabine 1871 fut l’invention d’un mystérieux Monsieur Thury, au sujet duquel je n’ai d’ailleurs trouvé aucune information.  Il s’agit d’un mécanisme assez volumineux intégré entre les deux bras de la queue de culasse.

La double détente comprend les éléments suivants (voir la photo correspondante) :

a : Détente
b : Gâchette
c : Ressort de gâchette
d : Ressort de détente
e : Frappeur
f : Vis d’ajustement
g : Grand ressort

Malgré sont apparence très compact, la détente Schmidt des carabines 1878 et 1881 est en fait fonctionnellement identique à la détente Thury.

Lors du tir normal, donc sans l’actionnement de ladite double détente, seul la détente est appuyé, le bec de celle-ci pivote dans le sens horaire et entraine la gâchette verticalement vers le bas, libérant le percuteur.  Lorsque la détente est relâchée, la gâchette et ladite détente reviennent à leurs positions initiales sous l’action de leurs ressorts respectifs.

Lors du tir de précision, de façon analogue au 1881, la détente Thury fonctionne de la manière suivante :

1. On appuie sur le frappeur, celui-ci tourne dans le sens horaire et est mis sous tension par le grand ressort, simultanément un bec formé sur l’avant du frappeur est capturé par un arrêtoir disposé sur la détente.  Cette première action engendre une légère rotation de la détente et donc un petit abaissement de la gâchette.

2. Puis lorsqu’on appuie sur la détente, la gâchette continue à baisser. La rotation de la détente libère le bec du frappeur de son arrêtoir. Ledit frappeur bascule alors violement sans le sens antihoraire sous l’action du grand ressort et une butée dudit frappeur vient frapper la queue de la détente, accélérant sa rotation et donc la descente de la gâchette.

Une vidéo traitant le fonctionnement des deux types de détentes est accessible ici (en anglais).

La petite vis située entre les deux détentes permet d’ajuster l’empiètement du bec du frappeur par rapport à l’arrêtoir de la détente. Cet empiètement règle la pression nécessaire pour lâcher le coup. Il arrive parfois que la vis soit trop profonde, dans cette condition le bout de la vis bloque la rotation du frappeur tel que le bec du frappeur ne peut plus attraper l’arrêtoir de la détente, il suffit alors de retirer la vis légèrement.

Les canaux débouchant sur le dessus du boîtier sont des canaux d’évent pour permettre l’échappement de gazes en cas d’une rupture d’un étui chambré.  Ces canaux, présents sur tous les fusils, mousquetons et carabines sont supprimés en 1877, sans doute dû à une augmentation de la qualité des munitions.

Le poinçon MW sur le boîtier signifie que le fusil fut produit par Montierwerkstatt Bern, cet établissement, crée en 1873 n’était pas une manufacture mais plutôt un centre d’assemblage, d’ajustage et finition d’armes à partir de pièces fournis par l’industrie privée.  Suite à l’intervention du célèbre Rudolf Schmidt auprès du conseil fédérale en 1875, la MW devient la Fabrique fédérale d’armes (Waffenfabrik Bern) dont le poinçon W+F est, visible sur la carabine 1881.

Notez que la culasse a été transformée à percussion centrale par un simple perçage de la face de la culasse et le soudage d’une extension sur la pointe du percuteur.  Ce type to transformation d’époque est assez courant en Suisse car des munitions de tir et de chasse à percussion centrale étaient disponibles.