Carabine Fédérale Mle1851

1851
  • Pays: Suisse
  • Calibre: 10,4 (.41) Minié/Compression

Cette carabine remarquable a une place assez importante dans l’histoire militaire de la suisse car c’est la première arme uniformisée de la Confédération. Après la guerre du Sonderbund de 1847 et suite aux troubles le long des frontières avec la Prusse et l’empire Autrichien (1848-1849), les autorités reconnaissent le besoin d’uniformiser l’armement de la Confédération. La transformation des fusils d’infanterie à platine à silex au système 1842 à percussion avait constitué un premier pas vers l’uniformisation de l’armement, mais les armes transformées étaient très différentes selon leur canton d’origine. Les fusils, ou les carabines pour les carabiniers, n’avaient quant à elle bénéficié d’aucune uniformisation. Le conseil fédéral établit donc en 1848 un cahier des charges pour une nouvelle carabine qui équiperait toutes les troupes de carabiniers de la Confédération. Suite à de nombreuses phases de tests, la nouvelle carabine est finalement prête en fin 1850. La Suisse achetait ses armes en Belgique depuis déjà très longtemps, et cette pratique a été maintenu puisque les carabines 1851 ont été produites par les armuriers Beuret Frères à Liège. L’assemblage des carabines fut aussi sous-traité à certains armuriers suisses.

Tout tireur d’élite de l’époque aurait été particulièrement satisfait de recevoir une telle arme car en vérité elle n’avait de réglementaire que son logement de baïonnette, la carabine étant en soit digne d’une carabine de tir de haut niveau. En effet, cette carabine incorpore nombre de caractéristiques remarquables pour une arme réglementaire, celles-ci étant :
- Une double détente du type « stecher » réglable;
- Une hausse à cardan graduée de 200 schritt à 1000 schritt (160m à 800m);
- Un guidon dérivable;
- Une plaque de couche creuse à bec;
- Une baguette comprenant un talon pour limiter l’enfoncement de cette dernière dans le canon, afin d’uniformiser la compression de la poudre par la balle à chaque tir (lors de l’utilisation de la munition réglementaire).

La dernière caractéristique remarquable de cette arme est son calibre de 10,5mm seulement. La tendance à cette époque était d’avoir des armes au calibre de plus ou moins 18mm. Les suisses avaient visiblement compris qu’une petite balle bien placée faisait autant de dégâts qu’une grosse balle. Le petit calibre apporte aussi d’autres avantages tel qu’un tir plus agréable avec moins de recul et une diminution du poids des munitions à transporter. Le canon comporte huit rayures et la cheminée est dimensionnée pour les petites capsules de pistolets.

La balle tirée par cette carabine a évolué au fil du temps. La première avait une forme de gland, comme l’illustre le moule à balles d’origine. Elle fut remplacée en 1856 par une balle à compression, et pour finir, la balle mle1855 fut remplacée par une balle à jupe selon le principe Minié en 1863. La balle mle1863 est aussi connue sous le nom de balle « Buholzer ». Les balles étaient toutes utilisées avec un calepin en forme de croix.

La détente est composée de deux parties. Dans un premier mode de tir, la détente antérieure fait partir le coup. En tir de précision, la détente postérieure permet de mettre la détente antérieure sous tension au point qu’il suffit d’effleurer la détente antérieure pour faire partir le coup. Une petite vis entre les deux détentes permet de régler la tension. Autre point intéressant: l’absence de cran de sécurité sur la noix.

La baïonnette est intéressante elle aussi car elle utilise un système à douille mais dans le sens inversé. La douille est montée sur le canon et la queue de la baïonnette vient se loger à l’intérieur où elle est verrouillée par un cran monté sur ressort.

En 1864 une nouvelle version légèrement améliorée de la carabine fédérale fut adoptée. Elle est dotée d’une nouvelle platine, commune avec celle du fusil d’infanterie mle1863, d’un canon rayé à quatre rayures, d’une cheminée adaptée aux capsules de fusils et d’un tenon pour fixer une épée-baïonnette.

Elle a l’apparence du modèle règlementaire, bien qu’elle ne porte aucun poinçon réglementaire ni de poinçon d’affection cantonal. La signature sur la platine laisse à penser que cette carabine est en fait une carabine assemblée à partir de pièces règlementaires pour un client désirant une arme conforme à la carabine d’ordonnance, mais pour le tir ou pour la chasse. Les pièces métalliques sont d’ailleurs toutes poinçonnées BF (Beuret Frères), ce qui indique bien l’origine réglementaire des pièces. Elle comprend une amélioration cachée: la culasse a une chambre rétreinte qui sert à augmenter la vitesse et la fiabilité de la mise à feu. Cette chambre ne doit pas être confondue avec une chambre Delvigne car la balle ne vient pas en contact avec le rebord de la chambre.

Cette carabine est extrêmement précise encore aujourd’hui. La forme de la crosse se prête aussi bien au tir à bras franc que debout ou à genou, mais n’est pas faite pour le tir couché. Des trois modèles de balles, je trouve la balle à compression mle1856 la plus performante avec une charge réglementaire de 4g.