Carabine Fédérale 1848 (Prototype Zurichois)

1848
  • Pays: Suisse
  • Système de mise à feu: Système à percussion
  • Calibre: 10,4mm (.41) Minié/Compression

Voici pour votre délectation une carabine bien mystérieuse.  Mis à part l’écusson Zurichois et le matricule de l’arme sur le dessus du canon, cette arme ne comporte aucun marquage de fabriquant ni de banc d’épreuve.  Sans la présence de l’écusson, la carabine aurait pu être une des nombreuses carabines de tir inspirée par la carabine fédérale 1851.  Heureusement, je possède le livre « Bewaffnung und Ausrüstung der Schweizer Armee seit 1817- Eidgenössische Handfeuerwaffen », œuvre de Hugo Schneider et de Michael am Rhyn, qui sur la page 82 montre cette carabine sous le titre de « Schärfschützenstutzer, Zürcher Ordonnanz provisorisches Modell 1848».  Cette carabine précède donc la carabine 1851 ! Hormis une description physique de la carabine, le livre reste malheureusement muet au sujet de ses origines.  Aucune fabricant n’est mentionné, uniquement qu’elle fut fabriquée par l’industrie civile. Le peu d’information historique semblerait indiquer que la carabine fut développée pour équiper un petit nombre de chasseurs zurichois pendant la période de conception de la carabine fédérale (voir article sur la carabine 1851).  Le 9 octobre 1849, des tests de précision ont eu lieu entre cette carabine et une mystérieuse carabine « de modèle fédéral ».  Ces tests ont abouti en 1850 à la création de la carabine fédérale 1851 reprenant globalement les caractéristiques du modèle zurichois.  Vues l’une à côté de l’autre, la similitude est surprenante ; cependant on peut constater des différences suivantes sur la 1848 :

- Le canon à un profil octogonal sur tout sa longueur.

- La noix a un cran de sûreté et un papillon.

- Le chien est retenu sur la noix par un écrou profilé.

- Le réglage de la hausse se fait par un système à crémaillère.

- La baguette comprend un guide d’insertion en laiton captif.

- La bouche du canon comprend une couronne large d’arme de tir.

- Le fût est plus mince et comprend une joue côté gauche.

Si l’on considère les caractéristiques ci-dessus, il est assez clair qu’elles sont très appréciées sur une arme de tir mais peut-être pas si judicieuses pour une arme militaire.  La carabine 1851 est donc une version simplifiée de la carabine 1848, plus robuste, et sans doute moins chère.

La couronne et le canon octogonal sont appréciés mais d’aucune utilité sur une arme militaire.  J’ai d’ailleurs constaté lors du tir que le dessus du canon reflète la lumière directement dans les yeux dans un milieu ensoleillé, ce qui rend la visée difficile.

Le papillon est une petite pièce basculante logé dans la noix.  Cette pièce bloque le cran de sécurité, ce qui permet à la noix pivoter sans que le cran de sécurité se heurte au bec de la gâchette lors du tir, ce qui améliore la qualité du lâché.  Le papillon est une complication associée aux armes de tir de luxe et n’a clairement pas sa place sur une arme militaire. La noix de la carabine 1851 n’a ni papillon, ni cran de sécurité.

L’écrou de fixation du chien est profilé pour être manipulé avec les doigts, ce qui inviterait le soldat à le tripoter et pire, de le perdre.

L’agencement de la hausse est ingénieuse et permet un ajustage très précis de la planche, mais elle nécessite un usinage précis et le mécanisme est assez fragile, en effet, sur cette exemplaire les minuscules dents du pignon sont complètement usées.

Le guide d’insertion captif, bien que important pour préserver les rayures du canon, n’a pas non plus sa place sur une arme militaire.  Suite à des tests au pas de tir, je peux confirmer que le guide est plus un handicap lors d’un rechargement rapide.  Le diamètre extérieur du guide correspond exactement au diamètre interne du bord de la couronne.

Concernant le fût, je trouve le profil de la crosse de la carabine 1848 plus ergonomique, la joue permettant une position de visée très confortable.  Je ne peux que supposer que des considérations de robustesse et des facteurs économiques ont abouti au fût simple et massif de la carabine 1851. Sur le côté gauche du poignet se trouve une plaque en argent signé « H. Fürst », sans doute un fier propriétaire de cette pièce à un moment donné.

Le logement de baïonnette est identique à celui de la carabine 1851 ; il peut donc être admis que la baïonnette était du même type.

Le canon est doté de six rayures au pas de 1:48″ au calibre 10,5mm.  Aucun chargement n’est mentionné dans la littérature concernant cette carabine mais compte tenu de sa similitude avec la carabine 1851, il peut également être admis que le projectile et la charge étaient aussi très similaires.

Cette carabine porte le numéro 29.  A ce jour, le plus haut numéro connu parmi les collectionneurs est 77.