Carabine de Gendarmerie Autrichienne Fruwirth Mle1872

1872
  • Pays: Autriche
  • Système de mise à feu: Percussion centrale
  • Calibre: 11,15 x 36R

En dépit de l’adoption du fusil monocoup Werndl en 1867, l’empire austro-hongrois continua le développement de son armement. Suivant les développements technologiques de l’époque, toute nouvelle arme devait être à répétition. La Suisse voisine venait justement d’introduire le fusil à répétition Vetterli. Quelques nations ont eu la chance de pouvoir facilement greffer un système approvisionnement de cartouches à leurs armes monocoup. Ce ne fut cependant pas le cas ni pour le Werndl, ni pour le Martini-Henry britannique. De ce fait, la nouvelle arme à répétition autrichienne devrait être une arme totalement nouvelle. L’armurier viennois Ferdinand Fruwirth présenta son système à répétition à la commission d’armement qui décida de l’adopter pour équiper quelques unités de la gendarmerie et les gardes-frontières, mais le système ne fut cependant jamais adopté par l’armée ni par la marine.

La carabine est au calibre 11.15 x 36R, comme la carabine Werndl. Elle est alimentée par un magasin tubulaire en laiton d’une capacité de 8 cartouches monté directement sous le canon. Pour alimenter la chambre depuis le magasin, un système à auget est employé qui ressemble quelque peu aux systèmes postérieurs Mauser 71/84 et Kropatscheck. Cependant le système Fruwirth est du point de vue mécanique une toute autre bête, comme vous allez le découvrir ci-dessous.

Le boîtier, essentiellement cylindrique, comprend un bloc de support rectangulaire sur sa partie inférieure dans lequel bascule l’auget. Un ressort à lame fixé sous l’auget sollicite ce dernier en position élevée. Deux petite saillies sur l’avant de l’auget limite sa montée vers la chambre. Une languette se trouve en extension sur le côté droit de l’auget.

Sur le côté droit du boîtier un pont est situé au niveau de l’échancrure pour la culasse mobile. Une tige coulissante traverse verticalement ce pont et sa partie inférieure prend appui sur la languette de l’auget. Quand la culasse est fermée, une partie du levier d’armement appuie sur la tête de la tige, ce qui force l’auget à basculer en position basse contre la force de son ressort.

Le verrouillage de l’auget en position basse et sa libération par la suite est contrôlé par une pièce de verrouillage coulissante sur la surface inférieure du pont. Dans cette pièce se trouve une fente en forme de « L » inversé; cette pièce est sollicitée vers l’avant par un ressort à lame fixé au bloc de support. Lorsque l’auget est en position élevée, la languette se trouve dans la partie horizontale de la fente. Quand la languette est appuyée par la tige, elle descend le long de la partie verticale de la fente puis en sort; à ce moment-là, la pièce de verrouillage est propulsée en avant. La languette se trouve maintenant bloquée sous la pièce de verrouillage et l’auget est ainsi bloqué en position basse. Lorsque la culasse mobile est complètement tirée vers l’arrière, elle entraîne aussi la pièce de verrouillage en arrière. Ce mouvement permet l’alignement de la languette avec la fente et l’auget est aussitôt libre de basculer en position haute. Ensuite, le mouvement de fermeture de la culasse mobile pousse la cartouche logée dans l’auget dans la chambre.

La culasse mobile est assez ressemblante de celle du chassepot, avec une pièce arrière composée d’un percuteur fixé à une noix et une pièce mobile avant montée autour du percuteur qui comprend aussi le levier d’armement. Cette pièce mobile sert à verrouiller la culasse mobile dans le boîtier quand la culasse est avancée en batterie. Comme sur le chassepot, le percuteur Fruwirth est armé lors de la fermeture de la culasse mobile, la noix étant retenue en arrière par la détente. Un tigeron connecté à la pièce de verrouillage du mécanisme à répétition pénètre dans le boîtier et chemine dans une rainure usinée le long de la pièce mobile. Quand la culasse mobile approche de sa position ouverte maximum, le tigeron bute contre l’extrémité de la rainure et recule avec la culasse mobile jusqu’à ce qu’elle finisse son mouvement en arrière; dans ce mouvement de recul, le tigeron entraîne également la pièce de verrouillage qui par la suite libère l’auget comme expliqué auparavant.

Le système à répétition peut être désactivé grâce à une simple glissière sur l’avant de la culasse mobile. Cette glissière recouvre ou découvre un trou borgne dans la pièce mobile situé dans l’axe de la tige du boîtier quand la culasse mobile est en position avancée. Quand le trou borgne est découvert, la tête de la tige rentre dans le trou lorsque le levier de culasse est abaissé; la tige n’est donc pas appuyée et l’auget n’est pas abaissé, le système se trouve alors désactivé. Inversement, quand le trou borgne est recouvert, la tête de la tige bute contre la glissière quand le levier de culasse est abaissé et l’auget est abaissé.

L’extracteur n’est pas monté directement sur la culasse mobile. Il comprend une étrange lame ressort en forme de C avec une griffe à chaque extrémité. Cette lame coulisse dans une rainure dans la paroi gauche du boîtier. La griffe avant vient se loger en bordure de la chambre pour accrocher le bourrelet de la cartouche. La griffe à l’autre extrémité a pour fonction d’accrocher l’extracteur à la culasse mobile quand cette dernière est ouverte. En effet, la pièce mobile de la culasse a une encoche prévue à cet effet. Cette encoche est d’ailleurs visible sur le haut de la culasse on position fermée. La vis sur le côté gauche du boîtier se termine en crochet dans la rainure dans laquelle coulisse l’extracteur. L’unique fonction de ce crochet est d’écarter la deuxième griffe de l’extracteur du corps de la culasse mobile pour pouvoir retirer la culasse du boîtier. Pour ce faire, il est en outre nécessaire de dévisser le tigeron de la pièce de verrouillage.

La carabine ne comporte pas d’éjecteur, ce qui a pour conséquence qu’en mode monocoup les étuis extraits doivent être manuellement dégagés du boîtier. En mode à répétition, le basculement vers le haut de l’auget avec une nouvelle cartouche sert d’éjecteur.

La hausse est ajustable entre 1 et 6, ce qui correspond aux distance comprises entre 100 et 600 Schritt, soit environ 80 – 480 mètres.

La majorité de la littérature à ma disposition soutient que ces carabines n’ont pas été équipées de baïonnettes. Pourtant, la forme du guidon ainsi que les traces d’usure sur la surface du canon indiqueraient pourtant au contraire qu’une baïonnette à douille avec une fente hélicoïdale à bien été montée sur l’arme. Les rares photos d’unités de gendarmes Autrichiens à disposition semblent aussi attester d’une baïonnette. Si tel est le cas, il est fort probable que la baïonnette fut identique à celle de la carabine Werndl.

En fin de compte, cette petite carabine fut jugée compliquée et trop fragile pour être adoptée comme armement principal. Il faut noter que la manipulation de la culasse est assez laborieuse car il y a un point de résistance à l’ouverture (contre la pièce de verrouillage) et un point de résistance à la fermeture (armement du percuteur), ce qui couplé à la légèreté de l’arme, nécessite qu’elle soit tenue fermement lors de la manipulation de la culasse. Le calibre n’était pas non plus assez puissant. Malgré cela, la carabine est maniable et confortable à l’épaule et en fait une arme idéale pour son affection à la police.

Les étuis pour la cartouche 11.15 x 36R peuvent être facilement fabriqués en raccourcissant des étuis de 7,62x54R qui sont heureusement facilement disponibles.

Le nombre exacte de carabine fabriqué n’est pas connue.  De nombreuses sources citent une production de 12,000 pièces mais il semblerait qu’un chiffre de l’ordre de 5000 sera plus près de la réalité, avec environs 4000 carabines fabriquées par l’établissement de Fruwirth et environs 1000 carabines fabriquées a la manufacture de Steyr (OEWG).  Les carabines de l’OEWG sont réputé ne pas être numérotées.  Des carabines connues à ce jour, la carabine présentée ici a le matricule le plus élevé.